Abbé Formery, 7 décembre 2021 – La Résurrection de Lazare

Jn 11,1-45.

Jn 11,1 Il y avait quelqu’un de malade, Lazare, de Béthanie, le village de Marie et de Marthe, sa sœur.

02 Or Marie était celle qui répandit du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux. C’était son frère Lazare qui était malade.

03 Donc, les deux sœurs envoyèrent dire à Jésus : « Seigneur, celui que tu aimes est malade. »

04 En apprenant cela, Jésus dit : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. »

05 Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare.

06 Quand il apprit que celui-ci était malade, il demeura deux jours encore à l’endroit où il se trouvait.

07 Puis, après cela, il dit aux disciples : « Revenons en Judée. »

08 Les disciples lui dirent : « Rabbi, tout récemment, les Juifs, là-bas, cherchaient à te lapider, et tu y retournes ? »

09 Jésus répondit : « N’y a-t-il pas douze heures dans une journée ? Celui qui marche pendant le jour ne trébuche pas, parce qu’il voit la lumière de ce monde ;

10 mais celui qui marche pendant la nuit trébuche, parce que la lumière n’est pas en lui. »

11 Après ces paroles, il ajouta : « Lazare, notre ami, s’est endormi ; mais je vais aller le tirer de ce sommeil. »

12 Les disciples lui dirent alors : « Seigneur, s’il s’est endormi, il sera sauvé. »

13 Jésus avait parlé de la mort ; eux pensaient qu’il parlait du repos du sommeil.

14 Alors il leur dit ouvertement : « Lazare est mort,

15 et je me réjouis de n’avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez. Mais allons auprès de lui ! »

16 Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), dit aux autres disciples : « Allons-y, nous aussi, pour mourir avec lui ! »

17 À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà.

18 Comme Béthanie était tout près de Jérusalem – à une distance de quinze stades (c’est-à-dire une demi-heure de marche environ) –,

19 beaucoup de Juifs étaient venus réconforter Marthe et Marie au sujet de leur frère.

20 Lorsque Marthe apprit l’arrivée de Jésus, elle partit à sa rencontre, tandis que Marie restait assise à la maison.

21 Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort.

22 Mais maintenant encore, je le sais, tout ce que tu demanderas à Dieu, Dieu te l’accordera. »

23 Jésus lui dit : « Ton frère ressuscitera. »

24 Marthe reprit : « Je sais qu’il ressuscitera à la résurrection, au dernier jour. »

25 Jésus lui dit : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ;

26 quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? »

27 Elle répondit : « Oui, Seigneur, je le crois : tu es le Christ, le Fils de Dieu, tu es celui qui vient dans le monde. »

28 Ayant dit cela, elle partit appeler sa sœur Marie, et lui dit tout bas : « Le Maître est là, il t’appelle. »

29 Marie, dès qu’elle l’entendit, se leva rapidement et alla rejoindre Jésus.

30 Il n’était pas encore entré dans le village, mais il se trouvait toujours à l’endroit où Marthe l’avait rencontré.

31 Les Juifs qui étaient à la maison avec Marie et la réconfortaient, la voyant se lever et sortir si vite, la suivirent ; ils pensaient qu’elle allait au tombeau pour y pleurer.

32 Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »

33 Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé,

34 et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. »

35 Alors Jésus se mit à pleurer.

36 Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »

37 Mais certains d’entre eux dirent : « Lui qui a ouvert les yeux de l’aveugle, ne pouvait-il pas empêcher Lazare de mourir ? »

38 Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.

39 Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. »

40 Alors Jésus dit à Marthe : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. »

41 On enleva donc la pierre. Alors Jésus leva les yeux au ciel et dit : « Père, je te rends grâce parce que tu m’as exaucé.

42 Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. »

43 Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »

44 Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. » 45 Beaucoup de Juifs, qui étaient venus auprès de Marie et avaient donc vu ce que Jésus avait fait, crurent en lui.

 

Jn 11,1-2. Qui est « celle qui versa du parfum sur le Seigneur et lui essuya les pieds avec ses cheveux » ? Jn semble signifier que cette Marie (de Béthanie) est fameuse : ne serait-elle pas celle à propos de laquelle Jésus disait qu’on proclamerait partout ce qu’elle avait fait ? Mt 26,12-13 : « Si elle a fait cela, si elle a versé ce parfum sur mon corps, c’est en vue de mon ensevelissement. Amen, je vous le dis : partout où cet Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera aussi, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire » ; cf encore Mc 14,9. Cette femme agissant chez Simon (Mt 26,6 ; Mc 14,3), nous avons tout lieu de penser qu’elle n’est autre que la femme de Lc 7 qui fait ce geste, elle aussi, chez Simon (Lc 7,40). Celle-ci étant très certainement MM, il y a des chances que MM soit Marie de Béthanie.

Jn 11,3 : « celui que tu aimes est malade » : Marthe et Marie ne réclament rien, elles informent (comme Marie à Cana : « ils n’ont pas de vin »). Elles appellent cependant Lazare « celui que tu aimes », autrement dit : « tu ne peux que venir à son chevet », elles ne perdent pas le nord.

Jn 11,4 : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié ». Il y a là promesse de vie car « la gloire de Dieu c’est l’homme vivant » (Saint Irénée, A.H. IV, 20, 7). Par ailleurs, autre parole réconfortante, même s’il n’est pas dit que Marthe et Marie comprennent tout cela : « cette maladie ne conduit pas à la mort ». Or Lazare va mourir (Jn 11,14). Jésus veut sans doute parler de la seconde mort, qui est celle du péché mortel (« leur place est dans l’étang embrasé de feu et de soufre, qui est la seconde mort » Ap 21,8) : la bonne nouvelle est que Lazare est en état de grâce.

Jn 11,5-6 : « Jésus aimait Marthe et sa sœur » : précision importante en regard de ce qui suit : Jésus ne se met pas immédiatement en route, il s’installe pour 2 jours. De cette façon, quand il arrivera, il trouvera Lazare mort depuis 4 jours, et non pas depuis 2, ce qui est très important, nous verrons pourquoi.

Jn 11,7-8 : Jésus décide enfin de revenir en Judée. Au chapitre 10, nous le trouvions au temple, manquant de se faire lapider, puis le voyions se réfugier en Transjordanie. C’est là que le rejoignent les messagers des sœurs.

Jn 11,9-10 : « Ne fait-il pas jour pendant 12 heures ? » A ses disciples qui craignent pour sa vie, Jésus répond que celui « qui voit la lumière de ce monde » ne risque rien. En effet, voir la « lumière du monde » (Jn 8,12) qui est Dieu, c’est être avec Dieu. Au contraire, celui-là qui voit la lumière doit se dépêcher d’agir, doit profiter du jour : « celui qui marche pendant la nuit trébuche » (Jn 11,10) ; Jésus disait 2 chapitres plus haut : « il nous faut réaliser l’action de celui qui m’a envoyé pendant qu’il fait encore jour » (Jn 9,4) ; et, au chapitre suivant, juste avant d’entrer dans sa Passion : « La lumière est encore avec vous, mais pour peu de temps ; marchez tant que vous avez la lumière, avant d’être arrêtés par les ténèbres ; celui qui marche dans les ténèbres ne sait pas où il va. Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière ; vous serez alors des hommes de lumière » (Jn 12,35-36). « Redimentes tempus » (Ep 5,16).  « Qui récolte en été est quelqu’un d’avisé, qui dort à la moisson est digne de mépris » (Pv 10,5).

Jn 11,11-16. « Lazare, notre ami, s’est endormi ». Les disciples comprennent que Lazare peut goûter à un peu de sommeil : parler du sommeil pour parler de mort (car c’est d’elle que Jésus parle) n’est donc pas l’usage courant, usage auquel Jésus revient ensuite pour clarifier les choses : « Lazare est mort ». Que signifie cette nouveauté dans le langage ? Jésus disait il y a quelques instants (Jn 11,4) : « cette maladie ne conduit pas à la mort » ; il va bientôt dire à Marthe : « Quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11,26). C’est là qu’est l’explication : Jésus parle en fait de la mort d’un de ses intimes et cette mort ne pouvant être de ce fait confondue avec la mort éternelle (« la seconde mort »), il préfère recourir à cette terminologie plus douce : Lazare dort, il est mort c’est vrai, mais il vit pour toujours, il est dans la béatitude.

Béatitude dont je vais le tirer, le pauvre, « pour que vous croyiez » (Lc 11,15). Ste Th de l’EJ écrira à MB Bellière : « je ne meurs pas, j’entre dans la vie ». Etienne « obdormivit in Domino » (Ac 7,59). « Allons-y nous aussi », dit Thomas : on a l’impression qu’il est seul contre tous. Ce qui précède et la suite de Jn (« Thomas n’était pas avec eux » Jn 20,24) corrobore cette impression.

Jn 11,17-27. Jn 11,17 : « À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau depuis quatre jours déjà ». Pendant 3 jours après la mort, l’âme, pensent les juifs, flotte au-dessus du corps et pourrait bien y rentrer. Passés ces 3 jours, celui-ci commence de se corrompre. Le corps de Lazare ne doit pas échapper à la règle. Jésus va le ressusciter à ce stade-là. Et l’on comprend pourquoi il a attendu 2 jours avant de se mettre en marche. S’il était parti immédiatement, il serait arrivé 2 jours seulement après la mort de Lazare et la résurrection de ce dernier n’aurait pas eu le même éclat. Jésus vient vraiment faire l’impossible. Nous noterons que le Corps de Jésus n’a pas le temps de connaître la corruption, pour que l’Ecriture soit accomplie (cf Ps 16,9-10 et Ac 13,35). Marthe se déplace. Demande des comptes au Seigneur. Où est Dieu ? On retrouve cette grande question des hommes dans la bouche de Marthe, comme on la trouvera dans celle de l’Homme-Dieu. La réponse de Marthe du verset 24 pourrait très bien avoir été livrée sur un ton vif. « Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11,25-26) : Jésus parle de la première mort, puis de la deuxième, de la sortie de la vie terrestre puis de la mort éternelle ; la reprise du verbe « vivre » nous fait comprendre que le Seigneur passe d’une étape à l’autre.

Jn 11,28-32. Jésus rencontre MM. Celle-ci ne se déplace qu’après avoir été appelée. Elle ne fait plus que ce que Dieu veut. Elle me fait penser à une personne qui se sèvre de ses drogues, qui se méfie tellement d’elle-même qu’elle ne fait plus que ce qu’on lui demande. Elle se jette à ses pieds (v 32) = à sa Miséricorde (Is 52,7) : MM n’est en contact avec Jésus que par sa miséricorde ; cf Lc 7,38 ; 10,39. Le fait d’être aux pieds de Jésus signifie aussi qu’elle est en aval de Lui : dans la posture du vase, dans la posture de Marie. MM ne « commence » pas comme Notre Dame mais « finit » comme Elle : remplie de grâce.

Obéissance et intimité vont de pair : elle fait à Jésus le même reproche que Marthe lui avait fait.

Jn 11,33-37. Jésus s’émeut des pleurs de MM et de ses amis (« quand il vit qu’elle pleurait … » Jn 11,33). Cependant, il ne pleurera qu’après (v 35) avoir demandé où était Lazare, comme si son sanglot avait été contenu et avait profité de ce que la bouche de Jésus parle pour jaillir. Les juifs réagissent différemment ; on retrouve les deux réactions humaines classiques devant la souffrance : Jésus pleure avec nous / il n’a qu’à faire quelque chose.

Jn 11,38-45. Jésus ressuscite Lazare en l’appelant d’une voix forte, comme si celui-ci ne faisait que dormir. Lc 7,14 : « jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi ! » Lc 8,54 : « mon enfant, lève-toi ! » (Lc 8,52 : « elle dort »). Son corps sentait déjà : conjonction d’une mort-sommeil et d’une mort-corruption : même si je commence de me décomposer, tant que je suis en état de grâce (tant que je n’ai pas entamé la seconde mort), tout va bien.

Jn 11,53 : « à partir de ce jour-là, le Grand Conseil fut décidé à le faire mourir » : en rendant la vie à Lazare, Jésus meurt. On comprend que c’est sa propre vie qu’il lui a offert (Jn 19,30). Lazare étant l’ami de Jésus, on pense du coup à ces paroles de Jésus : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). Au chapitre suivant, on retrouve Jésus à Béthanie, festoyant avec Lazare et ses sœurs, et « les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare parce que beaucoup de juifs, à cause de lui, s’en allaient et croyaient en Jésus » (Jn 12,10-11) : en retour, Lazare mourra pour son Ami.

 

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