Abbé Formery, 5 octobre 2021 – Sainte Marie-Madeleine

Lc 7,36-50.

Lc 7,36 Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table.

37 Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum.

38 Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum.

39 En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. »

40 Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. »

41 Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante.

42 Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? »

43 Simon répondit : « Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison », lui dit Jésus.

44 Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux.

45 Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds.

46 Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds.

47 Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »

48 Il dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. »

49 Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? »

50 Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »

Lc 8,1-3.

Lc 8,1 Ensuite, il arriva que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient,

02 ainsi que des femmes qui avaient été guéries de maladies et d’esprits mauvais : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons,

03 Jeanne, femme de Kouza, intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les servaient en prenant sur leurs ressources.

Commençons par examiner Lc 8. C’est la première fois qu’on entend le nom de celle qui nous intéresse. Les 12 se contentent d’accompagner. Les femmes non seulement accompagnent mais servent. Or, il est précisé qu’elles ont été guéries. La leçon prodiguée par Jésus quelques versets plus haut (aime plus celui à qui on remet plus (7,43) / « celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour » (Lc 7,47)) se trouve ainsi immédiatement suivie.

Marie-Madeleine se démarque d’elles en cela qu’elle est citée en premier et qu’il est fait cas du mal dont elle a été extraite, sans doute parce qu’il était absolu (7 démons).

Les 7 démons font penser à Lc 11,26 : « Alors il s’en va, et prend avec lui sept autres esprits plus méchants que lui ; et étant entrés, ils y demeurent ; et le dernier état de cet homme devient pire que le premier ». MM avait sans doute été dans ce « dernier état » : elle s’était enfoncée dans le mal et y avait mariné. « Mais là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5,20) : Jésus renverse ces 7 démons. A la fin de ce chapitre (Lc 8), il exorcise un homme possédé par « Légion » (« Et il dit : Légion, parce que plusieurs démons étaient entrés en lui » Lc 8,30), et cela pourrait nous faire penser au « je ne te dis pas jusqu’à 7 fois » de Mt 18,22. « La Miséricorde de Dieu est comme un torrent débordé » (Curé d’Ars), rien ne peut lui faire obstacle.

MM, très miséricordiée par le Christ, Le sert, Lui et Ses Apôtres.

Venons-en maintenant à Lc 7. Sommes-nous en présence de la même femme ? Il est raisonnable de le penser :

  • Le nom de MM apparaît juste après qu’il a été question de la pécheresse (Lc 7), en Lc 8,1, en tête de la liste des noms des femmes qui accompagnent Jésus, et il est immédiatement fait cas de la possession vaincue.
  • Les femmes de Lc 8 rendent amour pour amour : guéries, elles servent. MM sans doute plus que les autres, pour laquelle il est fait mention d’une grande guérison. Cela la rapproche de la femme de Lc 7 à propos de laquelle Jésus expliquait à Simon qu’elle aimait à cause de la Miséricorde qu’elle avait reçue.
  • MM parcourt villes et villages à la suite du Christ : n’est-elle pas celle à qui Jésus vient de dire « va ! » (Lc 7,50) et qui, plutôt que de profiter de sa liberté retrouvée (Ga 5,13), se met à sa suite ?

Ce rapprochement justifie de projeter sur le personnage de MM l’éclairage de Lc 7.

Lc 7,37. A peine est-elle entrée qu’on la retrouve blottie contre les pieds du Christ, comme si elle s’y réfugiait (« Si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste » 1 Jn 2,1). V 38. Is 52,7 : « Qu’ils sont beaux, sur les montagnes, les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : ” Ton Dieu règne. ” ». C’est comme si MM vénérait la Miséricorde de Jésus qui lui a apporté la paix, le salut. De même, sœur Faustine : « que mes pieds soient miséricordieux, pour que je me hâte au service de mon prochain ». MM fait les 3 rites d’accueil : lavement des pieds, embrassement et onction de parfum. Elle fait le premier avec ses larmes (= avec tout son être), les 2 derniers au niveau des pieds (humilité). Notons qu’après avoir lavé les pieds de Jésus avec ses larmes, elle les essuie avec ses cheveux. V 40 : « Parle, Maître ! » Hypocrisie : il appelle Jésus « Maître » alors qu’il vient de se dire que Jésus ne pouvait pas être prophète (car pour lui il est impensable que Jésus ait pu comprendre et s’être laissé faire en connaissance de cause). Ainsi donc, quand la femme s’expose devant tout le monde, Simon, lui, cache sa pensée. V 41s : petite parabole enseignant que le plus aimant est celui à qui on pardonne plus. V 44s : Jésus décrit à Simon les gestes de la femme avec force détails car rien ne lui a échappé (alors que la femme se tient derrière lui, v 38). On comprend qu’ils sont les gestes rituels d’accueil (que Simon a omis de pratiquer à son endroit). La femme a sans doute agi spontanément, sans se rendre compte qu’elle reproduisait providentiellement exactement cette liturgie d’accueil. Ce n’est peut-être que maintenant qu’elle comprend la portée de sa charité, en même temps qu’elle constate que Jésus a bien tout enregistré.

47a οὗ χάριν λέγω σοι, ἀφέωνται αἱ ἁμαρτίαι αὐτῆς αἱ πολλαί, ὅτι ἠγάπησεν πολύ· Propter quod dico tibi: remittuntur ei peccata multa, quoniam dilexit multum. Difficile de penser que le oti introduit la cause en regard de la parabole que Jésus vient de livrer. Il exprime plutôt l’effet (comme dans ces phrases : « Le so­leil est levé, car il fait jour », « cet homme est guéri de sa ma­la­die, car il a re­pris son ac­ti­vité »). Jésus dit : « et maintenant permets-moi de te dire que ses péchés sont pardonnés : c’est parce que regarde tout l’amour ».

Cependant, cette formulation comporte un flou qui nous permet de comprendre d’une part que MM aime parce qu’elle est pardonnée (première compréhension qu’exige le contexte), d’autre part qu’elle est pardonnée parce qu’elle a aimé, aimé dans le sens qu’elle a eu foi dans la Miséricorde. V 48 :  Εἶπεν δὲ αὐτῇ, Ἀφέωνταί σου αἱ ἁμαρτίαι. Dixit autem ad illam: Remittuntur tibi peccata. Jésus lui dit ce en quoi elle croit déjà. V 50 : oui, MM avait bien foi.

 

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