Abbé Formery, 17 mai 2022 – Sainte Marie-Madeleine au masculin

Péché. Ils mènent tous deux une vie dissolue. Lc 7,37 : « survint une femme de la ville, une pécheresse ». Les camarades de Charles : « le gros Foucauld, goinfre, ignoble et bestial ». MM était infestée (Mc 16,9 ; Lc 8,2) / Charles se compare à un porc (« j’étais moins un homme qu’un porc »), animal prisé par le démon en Lc 8. Tous deux font mauvais usage de leurs richesses. La première fois que MM apparaît dans Valtorta, elle est dans sa belle maison, aux côtés d’un de ses amants qui vient d’être poignardé par un romain jaloux. Elle possède Magdala et y fait régner le péché, à un point tel que Pierre hésite à y suivre Jésus appelé au chevet du poignardé[1]. Ch profite écrase son entourage par sa fortune, et la met au service de son libertinage.

Conversion. Le coup de grâce est pour eux deux le coup de la Miséricorde. La première fois que nous rencontrons MM dans les évangiles, c’est quand elle reçoit miséricorde de la part de Jésus : « tes péchés sont pardonnés » (Lc 7,48). Charles se convertit en se confessant à l’abbé Huvelin. Lire Antier pp 90-93. A noter que Jésus, avant de les gagner à Lui, leur avait tourné autour.

L’union au Christ.

[1] “À Magdala, oui. À Magdala. Penses-tu être trop honnête pour y entrer ? Pierre, Pierre !… Pour mon amour, tu devras entrer non pas dans une ville de plaisir, mais dans de vrais lupanars… Le Christ n’est pas venu pour sauver ceux qui sont sauvés, mais pour sauver ceux qui sont perdus… et toi… tu seras “Pierre” et non pas Simon; ou Céphas, pour cela. Tu as peur de te souiller ? Non ! Même pas lui, vois-tu (et il indique le très jeune Jean) même lui n’en recevra pas de dommage. Lui non, parce qu’il ne veut pas. Comme toi, tu ne veux pas, comme ne le veut pas ton frère et le frère de Jean… comme aucun d’entre vous, pour l’instant, ne le veut. Tant qu’on ne veut pas, il n’arrive pas de mal. Mais il faut ne pas vouloir avec force et constance. Force et constance s’acquièrent auprès du Père en priant avec sincérité d’intention […]. Ils entrent par la porte ouverte dans un large et long vestibule qui donne ensuite sur un beau jardin. La maison semble divisée par cette espèce de péristyle très riche en plantes vertes dans des vases, en statues et en objets de marqueterie. Quelque chose d’intermédiaire entre la salle et la serre. Dans une pièce, dont la porte est ouverte sur le vestibule, se trouvent des femmes en pleurs. Jésus entre sans hésiter. Il ne donne pourtant pas son salut habituel […]. Une femme aux cheveux gris et défaits se lève – elle était à genoux près du mourant dont elle tenait une main déjà inerte – et avec des yeux de folle elle crie :
“À cause d’elle, à cause d’elle !… Elle me l’a rendu satanique… Plus de mère, plus d’épouse, plus d’enfants, il n’y avait plus rien pour lui ! L’enfer doit te posséder, satan !”
Jésus lève les yeux en suivant la main tremblante qui accuse et il voit dans un coin, contre le mur rouge foncé, Marie de Magdala, plus provocante que jamais, je dirais vêtue… de rien jusqu’à mi-corps, car elle est à moitié nue au-dessus de la taille, enveloppée d’une sorte de filet à mailles hexagonales avec des petites boules qui me paraissent des perles. Mais elle est dans la pénombre et je ne vois pas bien. Jésus baisse de nouveau les yeux. Marie, excitée par son indifférence, se redresse alors qu’auparavant elle était comme accablée, et elle se donne une contenance. “Femme” dit Jésus à la mère. “Pas d’imprécations. Réponds. Pourquoi ton fils était-il dans cette maison ?” (12 août 1944). 1880 Pont-à-Mousson. Charles donne des fêtes qui tournent à l’orgie. Il dépense son argent dans l’achat de livres, de cigares et en soirées. Il vit en concubinage avec Marie Cardinal, une actrice qui travaille à Paris, s’affiche avec elle, et est puni pour s’être « commis en public avec une femme de mauvaise vie » (Antier p 47). Sa tante, inquiète de ses frasques, lui écrit et le fait placer une première fois sous conseil judiciaire afin d’éviter qu’il ne dilapide sa fortune. Il écrit au sujet de cette période : « J’étais moins un homme qu’un porc ». Il est envoyé à Sétif, en Algérie française, avec son régiment et emmène sa concubine alors que son colonel le lui a interdit. Condamné à trente jours d’arrêt, puis à la prison, pour sa conduite qui fait scandale, il est mis temporairement hors-cadre de l’armée pour « indiscipline » en février 1881, il a vingt-trois ans. Plus tard, il dira de cette conduite : « Jamais je ne crois n’avoir été dans un si lamentable état d’esprit. […] J’étais toute vanité, toute impiété, tout désir du mal ; j’étais comme affolé » (Boulanger p 44). Il se retire à Évian et y vit avec Marie Cardinal. Mais apprenant que son régiment se bat en Tunisie, contre la tribu des Kroumirs il demande sa réintégration — qui lui est accordée quelques mois plus tard — au 4e Chasseurs d’Afrique, acceptant de rompre avec sa concubine.

  • Après avoir fait le vide, tous deux s’agrippent au Christ. Pour MM, il y a un enjeu : il ne fallait pas que la place que les démons avaient laissée en elle serve à d’autres (expérience qu’elle avait sans doute déjà faite : Mt 12,45). Charles reçoit l’ordre d’aller communier. La boue doit être remplacée immédiatement par la grâce.
  • MM se tient aux pieds de Jésus[1], Charles reste fixé au Saint Sacrement. Lire Charles de Foucauld à Nazareth p 33. Bazin p 500. Ces postures signifient la même chose : MM se tient près de la Miséricorde (Is 52,7) qui est l’amour maximum ; Charles reste prêt du Corps livré, ce qui correspond encore à l’amour maximum (Jn 15,13).
  • Cet agrippement au Christ se traduit encore par une obéissance sans faille au Seigneur : « Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole » (Lc 10,39). MM écoute et ne dit presque rien. Charles avait prévu de plaider sa cause devant Dom Sébastien Wyart (en vue de pouvoir s’adonner à l’érémitisme radical) ; quand il comparaît devant lui, il ne dit plus rien : ce serait contrevenir à l’obéissance qu’il doit à son supérieur (qui sera inspiré de le laisser partir). Lire Antier pp 131-136.
  • Cette union se décline en imbrication : Jésus est le tout, eux ne sont rien. MM traîne par terre ; Foucauld ne perd pas une occasion de s’humilier. Lire Ch de Foucauld à Nazaret p 42.

Evangélisation. MM est apostola apostolorum. Charles à propos de sa vie à Beni-Abbès : « Vivant du travail de mes mains, inconnu de tous et pauvre et jouissant profondément de l’obscurité, du silence, de la pauvreté, de l’imitation de Jésus. L’imitation est inséparable de l’amour. Quiconque aime veut imiter, c’est le secret de ma vie. Prêtre depuis le mois de juin dernier, je me suis senti appelé aussitôt à aller aux brebis perdues, aux âmes les plus abandonnées, afin d’accomplir envers elles le devoir de l’amour. Je suis heureux, très heureux, bien que je ne cherche en rien le bonheur » (Antier p 173). Charles « croit que dans un temps prochain quelques laïques […] viendront en Afrique préparer par l’exemple, par les soins donnés aux malades et aux pauvres, l’évangélisation des Berbères et des Arabes, qui est le grand devoir de la France. Alors il compose une note très curieuse qu’il envoie à l’une de ses parentes et qui porte ce titre : Que faut-il à une Française pour faire du bien chez les Touaregs ? » (René Bazin p 449). Lire Bazin pp 450-452.

Vie cachée. MM passe 30 années à la Sainte-Baume ; Ch moitié moins au Sahara. Lire Antier p 93 en bas.

[1] Lc 7,38 ; Lc 10,38 « Chemin faisant, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut ; 39 elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur sedens secus pedes Domini, écoutait sa parole » ; Lc 11,32 : « cecidit ad pedes ejus, et dicit ei: Domine, si fuisses hic, non esset mortuus frater meus » ; Jn 12,3 ; Jn 19,25).

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