Charles Péguy et les deux volontés du Christ par l’abbé Formery

Dixitque Deus: FIAT lux. Et facta est lux.

Et Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut (Gn 1,3).

Pater mi, si non potest hic calix transire nisi bibam illum, FIAT voluntas tua.

Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! (Mt 26,42).

Charles Péguy aime relier ces deux fiat et dire que, à Gethsémani, Jésus crée.

“Au premier commencement un Dieu dans tout l’éclat, dans toute la pleine force, dans toute la jeune majesté de sa création. Au deuxième commencement un Dieu tombé en avant sur la face, procedit in faciem suam, un Dieu prostré sur la face de la terre” (Charles Péguy, Gethsémani).

Comment Jésus pourrait-Il bien créer à ce moment-là, alors qu’Il s’affale sur le sol ? C’est qu’Il est en plein travail d’obéissance. Souvenons-nous que c’est en désobéissant à Dieu que Adam nous avait fait perdre la ressemblance d’avec Lui ; il convenait donc que ce soit en obéissant à Son Père que le nouvel Adam remédie à cette perte.

Et cela ne fut pas pour Lui une partie de plaisir. Gardons-nous du monothélisme, de croire que Jésus n’avait qu’une volonté, celle même de Dieu, et que cela était facile pour Lui que de dire « Oui ». Non, Il était vrai Dieu et vrai homme, or c’est le propre de l’être humain que d’avoir une volonté propre, ainsi que le martelait Saint Maxime le Confesseur (+662). Le monothélisme n’était pas une hérésie sans intelligence : elle faisait observer que, Jésus étant Une personne, Il ne pouvait avoir qu’une volonté, sans quoi Il aurait été schizophrène. Maxime réduisait cette difficulté en parlant de “synergie” : Jésus avait bien une volonté humaine, naturelle, mais Il voulait (avec cette volonté-là) ce que voulait le Père. La Deuxième Personne de la Sainte Trinité n’encourait ainsi aucune dichotomie.

Tout cela pour dire que Jésus a ramé, si vous me permettez l’expression. Il a toujours obéi mais il Lui en a coûté d’obéir. Charles Péguy met en garde ceux qui penseraient que, en déclarant “l’esprit est prompt, mais la chair est faible”, Jésus serait comme “un maître d’école qui gourmerait des écoliers fautifs”. Il fait au contraire une véritable “confession”, “une communication, une révélation d’homme à homme, d’un pauvre être à un pauvre être » (Gethsémani).

C’est dans cette volonté réelle et forte que doit venir s’inscrire la nôtre, pour qu’elle soit comme emportée par elle.

 

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