Charlemagne – La couronne de fer par l’abbé Laignelot

Voici donc sonnée l’heure de l’homme providentiel que l’Occident attend, de celui pour qui ont travaillé quatre générations des siens et tant de circonstances réunies, de celui qui, en quarante-cinq ans du plus glorieux des règnes, donna à l’Europe des assises nouvelles.

Quand, en 768, Pépin meurt, son fils aîné Charles a vingt-six ans. Le royaume est partagé en deux parties, l’une revenant à Charles, et l’autre à son frère Carloman. Mais trois ans s’écoulent à peine que survient la mort inattendue de ce dernier : saisissant au vol cette première chance, Charles – écartés les deux jeunes fils du défunt, en bas âge – revendique l’héritage de son frère et refait à son compte l’unité du royaume paternel.

Personnellement croyant, rigoureux dans ses prières et dans ses jeûnes, Charles est aussi celui que les chroniqueurs montrent assistant volontiers à d’interminables offices, mêlant sa forte voix au chœur des chantres. Les clercs dont il s’entoure – le moine Alcuin devient son principal conseiller – lui redisent souvent la nécessité de vivre selon les principes du Christ. Cette fidélité chrétienne, Charles affirme qu’elle est l’axe de sa politique. Faire vivre les siens en parfait accord, établir entre les hommes la concordia pacis, lutter contre les maux qui désolent la terre, la famine, la cruauté, l’injustice, tel est l’idéal de ce terrible souverain dont aucune année de règne ne se passa peut-être sans guerre.

Le premier problème qu’il trouva en ceignant la couronne fut celui de l’Italie, de Rome et des Lombards. L’emprise des Lombards contre Rome et le jeune État pontifical se faisait en effet de plus en plus pressante. En 772, accédait au trône pontifical un patricien romain, Hadrien 1er, riche et instruit, tout pénétré des droits et des devoirs de son siège. Lorsqu’au printemps 773, Didier, roi lombard de Pavie, occupa Commachio, Faenza, puis Gubbio, et, par le couloir du Tibre, marcha sur Rome, le pape envoya par mer une ambassade à Charles, pour le supplier d’agir. Charlemagne ayant répudié Désirée, son épouse lombarde, et l’ayant renvoyée à Pavie, l’armée franque passa les Alpes par le Saint-Bernard, en juillet 773, rafla Vérone, et bloqua Didier dans Pavie. A Rome, pour Pâques de 774, une cérémonie grandiose montra le Franc victorieux reçu triomphalement à Saint-Pierre. Puis Hadrien confirma à Charles le titre de patrice des Romains. L’alliance de la papauté et du Pippinide était de nouveau scellée, qui mena Charles à la couronne de l’Empire. Deux mois plus tard, la résistance lombarde s’effondra. Dans Pavie épuisée, Charles fit son entrée en juin 774, sa jeune épouse Hildegonde à ses côtés, tandis que Didier partait en exil à Corbie. C’est alors que Charlemagne accomplit le premier grand acte politique de sa carrière : au lieu de laisser un roi à Pavie, il prit pour lui-même la couronne de fer. Il posait la première pierre du grand édifice d’un monde germanique unifié. Désormais Charles portera le titre de « Par la grâce de Dieu, roi de France et des Lombards, et patrice des Romains ».

(A suivre)

Source : Daniel Rops, Histoire de l’Eglise, t. 3

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